En avril 2025, dans le cadre du festival « Paroles Partagées« , porté par la Compagnie théâtrale Kaléidoscope, j’ai eu la chance d’arpenter le territoire avec mes micros. Ce travail fait suite à mes recherches sur deux jardins de Chambéry pour la Ville d’art et d’histoire, et une exposition sonore dans le cadre de l’exposition « 50 nuances de vert : quand ville et végétal se rencontrent« . Chaque jour jusqu’au mercredi 16 avril, je vous propose de découvrir quelques pages de mon carnet d’observations qui ne me quitte jamais, pour vous raconter mes pérégrinations et mes écoutes.
Caractéristiques de la commune : Échirolles est une commune française de la région Auvergne Rhône-Alpes, située en Isère, au sud de l’agglomération grenobloise, tout près de la capitale des Alpes. Elle est d’une superficie de 786 hectares et d’une altitude moyenne de 237 m. La rivière du Drac la traverse. Grenoble, Seyssins, Bresson, Pont-de-Claix, Jarrie, Eybens, Champagnier en sont au sein de la métropole, les communes limitrophes. Historiquement, la commune compte un attachement très particulier aux arts et à la culture.
Mercredi 16 avril – Jour 6 – Traverser les espaces verts d’Echirolles
Après ma rencontre avec Françoise P., journaliste au Dauphiné Libéré, j’ai suis donc entrée en contact avec Fabien B. responsable du secteur « Frange verte » au service Espaces verts de la Ville d’Échirolles.
Ce matin-là quand je prends le train depuis la gare de la ville de Grenoble, direction Échirolles, il pleut des codes.
Je me rends au Centre technique municipal, tout près de la déchèterie, pas très loin du vieux village.
Je rencontre l’équipe et je propose à Fabien, qui est rentré dans le service public il y a 35 ans, de me raconter comment il travaille : quelles espèces il choisit de planter, comment a évolué son métier, comment les jardiniers s’adaptent-ils au réchauffement climatique, comment ils traitent les espèces invasives ou encore la souffrance de arbres face à la pollution dans ce grand centre urbain…





A la suite de cette interview autour d’un bureau, il me propose de m’emmener en balade.
Je suis surprise de me retrouver dans la Frange verte, devant l’arbre tortueux que j’ai photographié lors de ma balade du premier jour. Cet arbre, c’est en fête le roi de cette forêt : une charmille vieille de 600 ans. Au fil des différents lieux géographiques que nous traversons, il me raconte comment il prend soin des arbres. Dans chacune des zones qu’on traverse, les travaux jardiniers sont bien différents. En effet, es équipes font des tests. Dans le Parc du château Ellie Blanchet, il me montre les sapin, les grands cèdres de l’Atlas. Il y a quelques années encore, les jardiniers plantaient des espèces qui ne duraient qu’une ou deux saisons avant de péricliter; désormais, les espèces sont plus sauvages et durent plusieurs saisons. Résultats, un gain de temps et d’argent… pour faire des tests. Par exemple il y a deux ou trois ans, l’équipe de Fabien à commencer à planter des arbres du sud, comme les eucalyptus ou encore des micocouliers.
Vendredi 11 avril – Jour 3 – Rencontre de Germaine & Musée Géo Charles
Aujourd’hui en sortant du train peu avant 9h, j’ai voulu changé mes habitudes pour aller jusqu’au bureau, autrement que par l’accès de l’escalier de la gare. Cette balade m’a permis de visiter un coin, plus à l’est de la ville, et une sorte de nouveaux centres tournés sur d’autres commerces, juste derrière le CHU de Grenoble sud de Grenoble. Je suis emerveillée d’entendre des oiseaux à chaque coin de rue, malgré la circulation abondante, et de la présence de jardins sauvages qui poussent ça et là.
Interview de Germaine, presque 100 ans
A 11h, grâce à Chantal, bibliothécaire à la Ponatière, j’ai pu interviewer Germaine, 99 ans (elle aura 100 en le 2 juin prochain). Elles se sont rencontrées lors de l’épisode du covid-19 en 2020. Le pôle lecture public de la Ville avait alors mis en place des binômes senior-bibliothécaire, pour maintenir le lien. Et tous les jours, un livre leur était lu au téléphone. Chantal et Germaine ont gardé contact et continue à s’appeler chaque mercredi. Germaine a un très joli jardin au rez-de-chaussée de sa maison. Un cerisier et un figuier magnifique, une jolie pelouse bien tondue, et une multitude d’oiseaux qu’on entend depuis les arbres.
Germaine a grandi dans une région de bord de la mer en Algérie. A la fin de la guerre, sa famille est sommée de quitter leurs terres. Elle part alors pour la France avec ses cinq enfants, où elle a décroché un travail pour l’été comme infirmière dans une colonie de vacances du Vercors. Elle ne rentrera jamais en Algérie. Mais elle s’installe dans cette maison à Echirolles, avec un jardin qu’elle cultive.
Sa vie durant Germaine tourne principalement son activité vers les autres, a qui elle offre son aide, pour participer à son niveau à la joie de ce monde.
Écouter le Parc Geo-Charles
Proche du Drac, à l’Ouest d’Echirolles, le Parc Geo-Charles est d’abord une oasis de nature au milieu de la ville. Grande étendue de pelouse parsemée de marguerite blanche, jeux pour enfants, entendues d’eau plus ou moins naturelle,…
Les sons du parc propose un canevas entre circulation, biodiversité, oiseaux multiples,…




Jeudi 10 avril – Jour 2 – Lectures
Après mes premières balades hier, j’ai préféré aujourd’hui m’attarder plus avant sur les documents dénichés hier.
Lectures
* début des lectures sur l’histoire de la commune photographiées hier à la bibliothèque de la Ponatière
Qu’est-ce que la ville d’Echirolles ?
Elle est commune depuis le 25 décembre 1833, grâce à une ordonnance du roi Louis-Philippe. Elle devient alors une des trois premières Villes du Département. « Après ce découpage, Echirolles atteint 631 personnes réparties sur 784 hectares : un chef lieu, le Village et des hameaux épars dans la plaine (les Glaires, la Buclée, Château Gaillard, Gringalet, la Quinzaine et la Ponatière et à l’ouest de l’allée cavalière, le Rondeau » Les limites de cette nouvelles paroisse est source de conflit, notamment avec Pont-de-Claix. Après la première guerre mondiale, en 1926, une cité ouvrière – La Viscose – est implantée à Échirolles, alors que l’industrie est à Grenoble. Cette élévation d’une nouvelle ville dans la ville accueille aussi les premiers travailleurs étrangers. Ils sont Arméniens, Polonais, Italiens,…
* Recherche sur internet sur la cité jardin de la Viscose. Miracle. Je tombe sur une recherche menée par une équipe du Laboratoire CRESSON en 2016 « La ville dans ses jardins, l’urbain en bord de route. Positions et méthodes de recherches » de Grégoire Chelkoff et Magali Paris
Clarification des objectifs de rendus sonores
Après ma première journée à déambuler et à prendre des photos, j’ai décidé de me donner des objectifs afin de formuler des « protocoles » d’écoutes et d’enregistrement.
> 1 création autour des sons entendus à Échirolles : biodiversité ou non
> plusieurs décompositions de sons à laisser entendre pour expliquer comment je travaille
Matériels de prises de sons
Afin de travailler une création qui fait référence aux sons collectés sur le territoire, j’utilise une mixette Zoom F6, ainsi que d’un micro canon pour m’attarder sur plusieurs caractères suivant les quartiers visités.
Pour cartographie le territoire, j’utilise un matériel plus léger, un Zoom H1, sans micro supplémentaire mais avec une bonette anti-vent. Cela me permet d’avoir une prise de son plus large, moins « radicale » et plus en « relief ».
Mercredi 9 avril – Jour 1 – Comprendre la ville d’Échirolles
Je suis hébergée dans le local de Kaléidoscope, qui devient pour les jour à venir, mon camp de base.
Ce premier jour a été essentiel pour me mettre au clair sur :
– la manière dont je souhaite travailler, grâce à une méthodologie à définir,
– les différents matériaux que je souhaite collecter,
– les endroits où je souhaite commencer mes premières observations.

Assez vite, je pars à pied, pour bien m’imprégner du territoire. Je passe à l’hôtel de ville, pour chercher un plan. Cela va me permettra de reporter les sons que j’enregistre grâce à leur géolocalisation sur la carte. Ma première balade m’indique que la verdure est extrêmement présente. En l’espace de deux cent mètres, je remarque une multitude d’essences d’arbres et des fleurs différentes le long de la ligne A du tram. Je décide de ramasser des échantillon pour commencer un herbier.
Lors de cette première marche, je tombe sur la bibliothèque de la Ponatière, à proximité du théâtre et de la maison des habitants. Je décide de m’y arrêter afin de chercher des informations sur l’histoire d’Échirolles. Je reste près d’une heure et quart à feuilleter différents usages qui m’apprennent :
– que la commune d’Échirolles existe depuis 1833, grâce au roi Louis Philippe. C’est alors un petit village rural de quelques centaines d’âmes qui devient grâce au décret royal l’une de trois premières villes du département,
– la rivalité avec Pont de Claix quant aux limites,
– l’implantation du vieux bourg, et l’architecture de la première mairie qui abrite aujourd’hui le Centre du graphisme,
– passé ouvrier, raconté notamment au Musée de la Viscose,
– l’implantation des cités jardins qui sont les habitations ouvrières dès les années 1925, avec l’avènement de la Houille blanche d’Aristide Bergès,
– l’évolution de l’urbanisme et de la population.
L’après-midi, je décide d’aller faire un tour vers la Frange verte, plus au sud. A ses pieds, un parc, démuni d’arbres. Et la coline, la Frange verte, en délimite la contour. Un cirque s’est installé à une extrémité du parc. Je prends du son en me baladant, j’écris pour trouver des motifs à la Pérec, comme dans « Tentatives d’épuisement d’un lieu paririen«






